Les gilets jaunes au cœur de l’âme de France

Contexte : Dans cette rubrique sur la militance nous reproduisons, en général, un discours écrit ou vidéo,  de Frederic Fappani von Lothringen. 

Dans ce court texte, je livre ce que je pense être le mouvement des giletsjaunes.  Il s’agit là d’une proposition d’analyse rien de plus, mais rien de moins.

Je pense que le mouvement des gilets jaunes est l’incarnation d’un mouvement de création d’une nouvelle France pour le peuple et que ce processus serait même plus universel encore.

Il existe certaines revendications clefs, mais cela est donc plus profond et vise à quelque chose de plus haut que les simples demandes d’augmentations. Et que par conséquent il ne faut pas mépriser ce mouvement.

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L’incarnation d’un processus puissant à l’œuvre :

Pour moi, la révolte actuelle des « Gilets jaunes » est un déploiement d’énergie pour bouger, changer les choses, s’exprimer à travers des actions. Il y a là un processus sain et normal dans un peuple qui veut être un peu plus  lui-même.

Néanmoins, une telle poussée d’énergie, légitime et nécessaire, pour faire avancer les choses ne l’est plus parfois. Quand par exemple, elle consiste à s’incarner dans des valeurs de destruction du peuple ou d’une partie de celui-ci.  Ainsi le racisme, l’antisémitisme, les appels aux meurtres, les confiscations arbitraires ou les destructions des biens des gens se doivent d’être combattus au sein même de ce mouvement. Ils sont condamnables, car ils sont justement contraires à l’avènement du peuple qui bouge et veut se réaliser.

À l’inverse, il est particulièrement violent lorsque l’on possède une place sociale avantageuse d’appeler à l’arrêt de tout le mouvement et prôner un retour immédiat à la normalité, en parlant uniquement de ces violences, car précisément c’est la norme qui est remise en cause ici. Une norme qui ne permet pas à certains de se réaliser pleinement et donc le changement doit être entreprit.

Le processus à l’œuvre dans les peuples à chercher des voies de leur réalisation est un processus connu et d’ailleurs le droit international garantit aux peuples leur liberté à disposer d’eux-mêmes.

Par exemple, ils peuvent donc choisir la forme de leur gouvernement. Ce qui n’est jamais sans problème avec le pouvoir en place lorsque la forme de l’exercice du pouvoir est justement touchée. Dans le mouvement des “gilets jaunes”, il y a régulièrement une critique de cette norme de gouvernance. 

Un processus par lequel le peuple veut devenir un peu plus lui-même ne se joue évidemment pas que dans le mouvement des gilets jaunes. Cependant il se joue énormément, en ce sens, qu’il y a là une poussée intéressante d’avènement.

On entend parler dans ce mouvement de plusieurs problèmes de surface face à ce phénomène :

Ce qui est le plus important ce n’est pas forcement ces thématiques ni leurs contours ni leurs fonds même si c’est déjà pas mal, mais c’est surtout qu’elle mobilise fortement les débats d’idées chez les gilets jaunes.

1/ La représentation nationale dans le pays

En effet les députés seraient quasiment tous des députés de partis monolithiques donnant les moyens à leurs candidats ne laissant que peu de place à des candidats du peuple. Ainsi pour beaucoup de gilets jaunes les députés sont plus (+) les candidats des partis que vraiment ceux du peuple.

À tel point que certains « Gilets jaunes » dans « les pays » disaient que leur député ne parlait pas la langue, ne connaissait pas l’histoire du pays, ne connaissait pas les gens et encore moins leurs problèmes. 

La question de la démocratie et de la représentativité semblent centrales dans les revendications des gilets jaunes.

2/ Les territoires qui se sentent méprisés !

Elle a même été terrible ces dernières années.Quelques exemples : La disparition de région, la non-ratification des langues régionales, les crispations jacobines dans les dossiers corses, bretons, basques, etc.  

L’Alsace et la Lorraine supprimées par une reforme alors qu’on a présenté à des millions de Français qu’ils faillaient aller se battre (et mourir) pour qu’elles continuent à exister pendant deux guerres.

Cette rupture existe dans la classe politique, mais est même enseignée à une partie des élites et du peuple.

La question du centralisme jacobin et de ses dérives reviennent régulièrement aussi dans les revendications.

3/ Les « peuples » de France qui se sentent oubliés :

Par exemple, il était à la fois triste et amusant de voir comment le monde médiatique s’est montré méprisant et incapable d’identifier les drapeaux régionaux.

Certains politiques et élus se moquant même des accents, des langues des populations qu’ils sont sensés défendent et représenter.

Des Savoisiens vus comme des Danois parce qu’ils avaient un drapeau rouge et blanc, là des Francs-comtois vus comme des royalistes à cause de la fleur de lys ou encore des Lorrains vus comme des renforts venus « certainement d’Allemagne ».

Parmi les peuples oubliés, il y aussi celui beaucoup plus transversal d’une population pauvre dans « les pays » qui n’est pas pris en compte et dont ne parle pas ou trop peu depuis les années 70… c’est dire ! 

Les peuples “des campagnes” , “pauvres” et se définissant parfois comme “autochtones” se sentent les oubliés de ce modèle de société. Les revendications en font souvent état.

4/ La question de la dette et de la pression des banques :

Il est de plus en plus connu par les populations que les impôts ne payent pas le fonctionnement de l’Etat, mais juste les dettes. Et que la manière dont s’endette l’Etat année après année n’est pas la meilleure des façons de faire et serait même “arrêtable”.

De nombreux gilets jaunes ne parlent pas, tout le temps, d’argent, mais plutôt de vouloir en finir avec les taxes et surtaxes de l’Etat, qui cherche toujours plus à régler des dettes face à des banques auprès desquelles il s’est obligé lui-même, dans un cercle vicieux, à emprunter de l’argent.

Nombreux sont ceux qui parlent aussi de dignité et d’avoir des minimums à vivre plus conséquents.

Donner 100 euros ne change rien d’ailleurs à ce fond du problème et encore moins au processus d’avènement nouveau de la nation française dans ce qu’elle désire, plus ou moins consciemment et ou inconsciemment de nouveau rapport à elle-même, aux autres et au monde.

La question de la pauvreté, d’un système qui ne serait qu’au service des plus riches et/ou des banques revient très souvent … ils revendiquent que ça change !

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Un gilet jaune disait « Emmanuel Macron a vendu aux Français la perspective d’un Nouveau Monde, alors que chacun constate qu’il a essentiellement accru les travers de l’ancien. »  Ce que le gouvernement propose en termes de prise en compte suffira-t-il alors aujourd’hui ?

Rien n’est moins sûr face à la puissance en route, au processus à l’œuvre, surtout s’il est vraiment ce que j’identifie ce nouvel avènement à soit pour la nation, car apparemment il serait même universel !  

Il y a pour moi, une émergence de ce nouveau rapport à soi, au monde et aux autres et donc une nouvelle France qui se met à pousser.

Les récupérations sont tentantes pour beaucoup, mais la poussée est puissante et je crains que les apprentis récupérateurs n’y puissent rien.

Le meilleur moyen pour le gouvernement de mettre en difficulté toute la société et le modèle sociétal est de ne rien changer ou de ne rien proposer sur les différents axes de revendications des gilets jaunes et de durcir le ton.

Nous aurons alors un risque grave du rupture dans le pays, face à un processus puissant de transformation qui n’est pas forcément “négatif” par nature .

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